Particularité et évolution des intentions des investisseurs responsables

18 septembre 2020

L’investissement responsable, ou IR, a toujours comporté une relation type « yin et yang » entre valeurs personnelles et rendements financiers. Au départ, le mouvement IR consistait en grande partie à exclure les sociétés ayant des activités dans le tabac ou l’armement, par respect de certaines valeurs. Depuis quelques années, une méthode plus rigoureuse d’appréciation du rendement financier par rapport à des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) s’est imposée. Une nouvelle tendance se développe actuellement dans l’IR : la recherche de sens.

Lorsque les investisseurs en exigent plus, les sociétés tendent à mieux écouter. Début 2018, Larry Fink, le chef de la direction de BlackRock Investments, a déclaré aux dirigeants des sociétés dans lesquelles ses fonds investissent qu’ils devaient aller au-delà de la création de valeur pour les actionnaires et « décrire publiquement leur stratégie pour créer de la valeur à long terme ». En d’autres mots, le patron du plus gros gestionnaire d’actifs au monde estime que les entreprises doivent être gérées avec une plus grande dimension sociale et créer de la valeur pour l’ensemble des parties prenantes, notamment les employés, les actionnaires, la collectivité et les clients.

Ce plaidoyer a marqué une étape significative vers l’avènement grand public d’un « capitalisme des parties prenantes », une dimension fondamentale depuis les débuts de l’investissement responsable.  Depuis lors, une pandémie sans précédent, des événements climatiques extrêmes et des bouleversements sociaux profonds justifient encore davantage la nécessité pour les sociétés de tenir compte de toutes les parties prenantes. Nombre d’entre elles ont affiché leur intention de donner un sens à l’exercice de leurs activités, en fonction des souhaits de leurs clients.

Deux façons de faire une différence

L’événement révèle le besoin croissant des consommateurs de faire une différence, d’agir selon un sens et de prendre une responsabilité active au changement. Cela vaut pour les investisseurs également, qui peuvent agir de deux manières : premièrement, choisir des placements IR qui investissent dans des sociétés donnant un sens à leurs activités et privilégier celles qui répondent à un certain nombre de critères ESG; et deuxièmement, exploiter des engagements auprès d’entreprises de sorte à inciter de nombreuses améliorations ESG. Comment? En plaçant leur épargne dans des fonds IR qui s’engagent précisément auprès de sociétés afin que celles-ci traitent les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance auxquels elles font face, dans certains cas sans même en avoir conscience.

La première approche, qui consiste à investir dans des chefs de file ESG, permet aux investisseurs de déléguer leur recherche de sens aux sociétés dans lesquelles leurs fonds ont établi des positions. La seconde leur permet d’agir dans le sens qu’ils se sont fixé, en pouvant exprimer leur point de vue auprès de la direction des sociétés détenues par leurs fonds d’investissement. La puissance de changement de l’IR réside précisément dans cette possibilité donnée aux investisseurs d’agir dans leur sens.

 

Investir en donnant un sens

Une étude récente de la société de conseil en finance comportementale Oxford Risk a étudié les différentes dimensions personnelles des investisseurs ainsi que les solutions de placement qui leur correspondaient le mieux. Ses conclusions révèlent un changement d’attitude au profit d’un « compromis d’impact ». Ces investisseurs qui recherchent un sens à l’affectation de leur épargne préfèrent se tourner vers des sociétés à la traîne en matière de développement durable que vers celles figurant déjà parmi les chefs de file. Ils n’ont effectivement aucune difficulté à abandonner les avantages liés à un investissement dans des sociétés affichant d’excellents résultats ESG pour avoir la certitude que leurs capitaux serviront à susciter un changement positif.

Est-ce la conviction de tous les investisseurs? Non, pas encore. Cependant, avec un nombre croissant d’investisseurs qui réfléchissent à ce que leurs placements devraient apporter, nous nous attendons à ce que cette recherche de sens s’additionne à la recherche de rendements.

Les investisseurs qui recherchent un sens à l’affectation de leur épargne préfèrent se tourner vers des sociétés à la traîne en matière de développement durable que vers celles figurant déjà parmi les chefs de file.