De Nawar Alsaadi

Une chronique qui vous aidera à mieux comprendre le lien entre les facteurs ESG et les résultats potentiels des placements.

Cette chronique vise à vous fournir en temps opportun une grille de lecture ESG concrète de l’investissement responsable, car celui-ci interfère avec une multitude d’aspects sociaux, environnementaux et de gouvernance. Nombre d’investisseurs comprennent effectivement bien l’actualité et les statistiques économiques, mais demeurent perplexes sur les relations entre les événements environnementaux ou sociaux et les placements (voire dans l’incapacité de les comprendre). Il s’agit pourtant d’un ensemble inextricablement lié. Je veux évidemment parler de l’inégalité croissante des richesses dans notre société, de l’aggravation de la crise climatique et environnementale, ou de la perte de confiance provoquée par la prolifération de fausses nouvelles et des sources de désinformation. Ces enjeux ne semblent effectivement pas très étroitement liés au monde de l’entreprise à première vue, et pourtant…

Cette habitude de considérer les activités des entreprises comme indépendantes des questions environnementales ou sociales provient d’une croyance déjà ancienne et totalement discréditée aujourd’hui, selon laquelle la création de richesse ne comporte qu’une dimension financière et que toute préoccupation externe, à propos du revenu des travailleurs, des inégalités sociales, des droits des femmes, du réchauffement climatique ou de la perte de biodiversité ne devait pas entrer en ligne de compte. Le président Calvin Coolidge disait au début du XXe siècle, alors que l’économie des États-Unis enregistrait un rythme de croissance inégalé dans le monde : « La principale affaire du peuple américain ce sont les affaires. » Cette vision d’un règne sans partage des entreprises a dominé le XXe siècle, consacrée dans les années 70 par le fameux économiste Milton Friedman, pour qui l’intérêt des actionnaires dépassait celui de toutes les autres parties prenantes.

Aujourd’hui, ce point de vue très restrictif ne fait plus l’unanimité. Au-delà de sa moralité de moins en moins défendable, on réalise surtout l’impossibilité pour les entreprises de prospérer si l’environnement s’effondre, que les inégalités augmentent ou que la société accentue la marginalisation. Une étude de 2014 réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a conclu que la hausse des inégalités dans les pays membres avait entravé leur potentiel de croissance économique de 0,35 % par an, soit environ 175 milliards $ US, en raison de la baisse de la mobilité sociale, de la diminution des capitaux à investir et de la réduction des possibilités de formation.

De même, les Nations Unies estiment que le coût économique annuel du changement climatique représentera 140 milliards $ à 300 milliards $ d’ici la fin de la décennie et 280 milliards $ à 500 milliards $ d’ici 2050. Ces chiffres prouvent qu’au-delà de la dimension éthique, les enjeux sociaux et environnementaux ont des incidences au moins aussi graves sur l’économie et les affaires. Le secteur privé ne peut donc prospérer sans tenir compte des conséquences environnementales et sociales de ses activités afin d’en atténuer la portée.

Source : Site Web de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Cette reconnaissance croissante des liens étroits qui existent entre facteurs traditionnels et non traditionnels de réussite des entreprises constitue la pierre angulaire du mouvement d’investissement ESG, c’est-à-dire l’intention d’exploiter et de favoriser la convergence des intérêts économiques, mais aussi environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Les stratégies d’investissement ESG conçues précisément pour tirer parti de cette convergence ont démontré un rendement supérieur à celui dégagé par les stratégies d’investissement traditionnelles. Une étude de 2019 du Sandford Global Projects Center a dévoilé qu’une stratégie d’investissement à positionnement acheteur sur les sociétés efficientes en carbone et à positionnement vendeur sur celles considérées comme inefficientes à ce chapitre avait dégagé des rendements annuels excédentaires de 3,5 à 5,4 %. En outre, de nombreux travaux ont démontré que les sociétés ayant au moins trois femmes à leur conseil d’administration obtenaient des résultats supérieurs en termes de rendement des capitaux et d’amélioration de la rentabilité. Enfin, une enquête exhaustive de 2018 publiée par l’Institut européen de gouvernance des entreprises a conclu que les entreprises ayant fait l’objet d’engagements fructueux de la part notamment de leurs actionnaires sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance avaient enregistré une croissance de leurs ventes comprise entre 3 % et 22 % au cours de l’année suivante. La création de richesse d’une entreprise dépend donc étroitement de sa capacité à obtenir des résultats positifs en matière de développement durable, et cette relation directe se situe au cœur même de notre politique d’investissement responsable : « Placements NEI a pour mission d’aider ses clients à faire fructifier leur épargne tout en améliorant la performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) des sociétés inscrites en bourse dont elle détient des actions. »

Lorsque Fonds Éthiques (l’entité qui a précédé NEI) a lancé son premier fonds socialement responsable, en 1986, ce rapport entre activité des entreprises et facteurs ESG apparaissait bien moins clairement qu’aujourd’hui. Ainsi, depuis le départ, nous estimons que l’atteinte de rendements supérieurs dans la durée repose sur l’intégration pleine et entière d’aspects non traditionnels dans le processus d’investissement et que l’utilisation des droits conférés par notre statut d’actionnaires permet de nous engager auprès des sociétés dans lesquelles nous investissons pour favoriser leur développement durable.

Cette chronique vous donnera un éclairage direct sur le monde dans une perspective double : faire des gains et faire le bien. Elle vise également à expliquer dans quelle mesure nos efforts visant l’amélioration des résultats sociaux, environnementaux et de gouvernance des sociétés contribuent, orientent et enrichissent notre processus d’investissement. Les sujets que nous évoquerons ici vous donneront la possibilité de devenir un meilleur investisseur, en intégrant pleinement les risques et les opportunités ESG dans vos décisions.