Le PDG de BlackRock  s’y entend pour susciter l’attention. Les investisseurs responsables les plus mobilisés peuvent en profiter pour faire passer leur message.

David Rutherford

Chaque année en janvier, Larry Fink, le PDG de BlackRock, plus important gestionnaire de placements à l’échelle mondiale, nous gratifie de ses « commandements ». Cette fois-ci, sa lettre annuelle aux dirigeants d’entreprise a repris le thème amorcé en 2018 de la nécessité de se fixer un objectif social particulier, au-delà de la simple recherche de profit et de valeur pour leurs actionnaires, tout en rappelant l’importance première déjà énoncée en 2020 de lutter contre la crise climatique. « Aucun enjeu ne figure devant le changement climatique dans la liste de priorité de nos clients », a déclaré Larry Fink avant d’ajouter, « ils nous en parlent quasiment tous les jours. » Voici ses explications :

Nulle entreprise n’est à l’abri d’une profonde transformation de son modèle économique par la transition vers une économie à zéro émission nette, c’est-à-dire une économie qui n’émet pas plus de dioxyde de carbone qu’elle n’en retire de l’atmosphère d’ici à 2050, date limite scientifiquement établie pour maintenir le réchauffement climatique à un niveau nettement inférieur à 2°C.   À mesure que s’accélère le processus de transition, les entreprises dotées d’une stratégie à long terme bien définie et d’un plan clair pour assurer la transition vers l’objectif de zéro émission nette se distingueront auprès de leurs parties prenantes (clients, pouvoirs publics, salariés et actionnaires) en leur inspirant confiance dans leur capacité à gérer cette transformation mondiale.  Mais les entreprises qui tardent à se préparer verront leurs activités souffrir et leurs valorisations diminuer à mesure que ces mêmes parties prenantes perdent confiance dans la capacité de ces entreprises à adapter leurs modèles économiques aux changements spectaculaires qui s’annoncent. »

C’est exactement ce que NEI affirme depuis des années, publiquement et dans le cadre de ses engagements auprès des sociétés détenues dans ses fonds. Les sociétés qui ne parvenant à traiter l’impact du changement climatique dans leurs activités et ne se joignant pas aux efforts d’atténuation de cette crise courent un risque colossal, compromettant sévèrement leur rentabilité à long terme, au point de devenir à la fois détestables et vétustes.

 

Quand Larry parle…

La différence, pour paraphraser cette publicité à la télévision des années 70 d’EF Hutton, c’est que « quand Larry Fink parle, les gens écoutent ». Sinon, comment expliquer l’intense couverture médiatique de sa lettre? Consultez l’annexe A, BlackRock Chief Pushes a Big New Climate Goal for the Corporate World, dans le New York Times. Il a d’ailleurs observé de près Warren Buffet pour réaliser qu’il pouvait donner à sa lettre annuelle le même écho que celui trouvé par le PDG de Berkshire Hathaway lors de ses assemblées générales d’actionnaires.

 

Pour autant, est-ce que les belles paroles de M. Fink dépassent la simple opération marketing? Certainement pas diront les plus sceptiques, mais il faut néanmoins leur reconnaître une utilité : occuper l’espace médiatique sur le changement climatique, une cause qui en a bien besoin pour la légitimité de l’investissement responsable.

 

Je sais qu’il s’agit d’un aspect difficile à avaler dans certains secteurs d’activité. En tant que premier gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock a été longtemps montré du doigt pour son inaction en la matière. Ainsi, une analyse des registres de vote par procuration de 2020 effectuée par Morningstar auprès des plus importants gestionnaires de placement a révélé que BlackRock avait voté à l’encontre des résolutions portant sur le climat dans 80 % des cas. La publication conclut que « les propositions en faveur de la lutte contre le changement climatique se développent parmi les cinq plus grands (gestionnaires d’actifs), mais pas chez BlackRock ». Le message de Larry Fink dégage donc indéniablement une saveur de vœux pieux non suivis d’effets.

 

Une influence positive

Malgré tout, si investisseurs et conseillers prennent l’IR plus au sérieux grâce aux propos de Larry Fink et que la cause progresse, aucun praticien du secteur ne le blâmera. En adoptant ce point de vue, on peut d’ailleurs s’éviter de rappeler vainement l’échec de BlackRock par rapport aux ambitions affichées par son président et en profiter pour insister sur le message, qui n’en reste pas moins valide. Parlons plutôt de ce que l’on peut faire pour avancer et exploitons les propos de Larry Fink pour diffuser notre message, avec enthousiasme.