du Jamie Bonham.

Pour être vraiment crédibles, les plans zéro net doivent être liés à la stratégie de l’entreprise.

Note de l’éditeur : Cet article a d’abord été publié dans notre rapport sur la propriété active du deuxième trimestre.

Une kyrielle d’événements se sont succédé dans le secteur de l’énergie au cours du trimestre dernier, tous aussi exceptionnels qu’inédits en termes de conséquences et révélateurs pour la plupart (voire la totalité) de l’importance croissante du zéro net comme priorité dans les engagements des investisseurs.

En bref, l’Agence internationale de l’énergie a communiqué un scénario zéro net visant à mettre fin à tout nouveau projet d’exploration et de développement pétrolier et gazier; ExxonMobil a perdu une bataille par procuration avec un investisseur-activiste exigeant une meilleure stratégie climatique; plusieurs résolutions ayant pour thème le climat ont reçu le soutien de la majorité des actionnaires; Royal Dutch Shell a été intimée par la justice de se fixer de plus ambitieux objectifs de réduction de ses gaz à effet de serre. (Veuillez consulter notre blog pour de plus amples renseignements.)

Plus près de chez nous, Suncor a communiqué une stratégie zéro net qui a satisfait aux exigences de longue date des investisseurs, notamment NEI, qui souhaitaient que la société inscrive tous ses efforts en matière de technologies sobres en carbone dans une stratégie cohérente (voir page 7). Deux projets hydrogéniques sobres en carbone ont été annoncés en Alberta (l’un par Suncor et ATCO, et l’autre par Air Products). Enfin, toutes les grandes sociétés de sables bitumineux ont annoncé une stratégie conjointe visant à atteindre le zéro net pour leurs émissions d’ici 2050, en recourant à une infrastructure commune d’entreposage et de capture du carbone. Ce dernier événement, qui dépend encore malgré tout de mesures incitatives que le gouvernement n’a pas encore confirmées, présente un potentiel exceptionnel de décarbonisation d’autres activités polluantes dans la région.

Tout ceci fera-t-il réellement une différence dans la lutte contre le changement climatique? L’ambition annoncée d’un avenir zéro net s’avère sans aucun doute nécessaire et ne se matérialisera pas sans transformation radicale du secteur d’activité. Les sociétés qui le composent ont tout intérêt à suivre la tendance, le tout allant assurément dans le bon sens. Cependant, il est assez facile de s’engager à l’horizon 2050 pour les dirigeants actuels, qui bénéficieront déjà depuis un certain temps d’une confortable retraite (financée par leur employeur) quand viendra le temps de rendre des comptes. De plus, ils ne s’engagent pas réellement puisque c’est au gouvernement de mettre en place les mesures qui déterminent la viabilité de l’objectif. Enfin, on peut légitimement se préoccuper du fait que le secteur d’activité acheter des droits compensatoires, plutôt qu’en changeant substantiellement de stratégie. Avec de telles incertitudes, les investisseurs doivent se méfier de promesses trop vagues, surtout quand elles paraissent bien éloignées des stratégies actuelles.

Ces objectifs zéro net doivent au contraire se fondre à la stratégie de la société, et même la définir, plutôt que de représenter un élément accessoire. Pour que ces objectifs apparaissent crédibles, les investisseurs doivent exiger des cibles intermédiaires quantifiables, assorties de plans de transition détaillés mesurant les réductions significatives des émissions, la hausse des investissements sobres en carbone et finalement la transformation du modèle d’affaires.

Sans sombrer dans le pessimisme, notons donc que les incertitudes ne manquent pas sur la façon de rendre possible ce qui paraît précisément impossible. Nous devons faire preuve d’ambition et donner aux sociétés l’écho dont elles ont besoin. Cette ambition doit se décliner sous forme d’une stratégie sincère à mettre en œuvre maintenant, et non dans 20 ans. Cette prochaine phase du dialogue zéro net revêt donc une importance critique pour la suite et demeurera une priorité dans nos engagements cette année.