de Nawar Alsaddi

Survol des efforts de NEI pour créer un impact positif grâce à l’investissement actif.

Il s’agit du premier billet d’une série pour le blog intitulée Chroniques des engagements de NEI auprès des sociétés. Tout au long de l’année, nous reviendrons sur les engagements de NEI : intentions à l’égard des sociétés en portefeuille, résultats potentiels pour la transition énergétique et objectifs de nos dialogues pour les mois et années à venir.

Le rôle majeur que peuvent jouer les investisseurs dans la réponse aux grands enjeux de développement durable à l’échelle mondiale paraît de plus en plus évident. La notion d’engagement auprès des sociétés, c’est-à-dire l’idée que les actionnaires utilisent leurs droits pour encourager une amélioration du comportement des sociétés en matière de développement durable, a d’ailleurs très bien fait son chemin et s’impose aujourd’hui comme la méthode privilégiée des investisseurs privés pour assumer cette responsabilité. Dans le monde entier, l’engagement des actionnaires auprès des sociétés qu’ils détiennent se reflète dans les politiques d’investissement, ainsi que dans la réglementation des marchés financiers.

Les premières années 

Convaincue depuis longtemps que les actionnaires pouvaient représenter un vecteur de changement positif, NEI suit une démarche d’investissement active depuis ses premiers jours, à l’époque sous les entités Placement NordOuest et Placements Éthiques. Dès l’année 2000, nous nous engagions auprès de sociétés comme Barrick Gold, West Fraser et Manuvie sur des questions environnementales, ou auprès de géants du commerce de détail, comme Walmart, sur le risque d’atteinte aux droits de la personne dans la chaîne d’approvisionnement.  En 2001, année du lancement officiel de notre programme d’engagement ESG, nous avons concentré nos efforts sur des sociétés comme Morgan Stanley et Citigroup sur les questions de droits de la personne pour leurs activités financières en Chine.

Cinq ans plus tard, en 2006, nous adhérions – dès leur création par les Nations Unies – aux Principes pour l’investissement responsable (PRI). Cette année-là, nous nous sommes engagés auprès de détaillants de premier plan comme Loblaws, Metro et Sobeys sur l’étiquetage des aliments génétiquement modifiés et avons également envoyé 283 lettres aux sociétés inscrites à la TSX pour exprimer nos craintes de rémunération excessive et « court termiste » de leurs dirigeants. Ces enjeux se révélaient au grand jour deux ans plus tard, lorsqu’a surgi la crise financière de 2008, causée notamment par des régimes de rémunération structurés de façon défectueuse.

Droits de la personne, diversité, inégalité des revenus, divulgations ESG et changement climatique 

En 2009, nous soulevions la question des terres des Premières Nations au cours d’un dialogue avec Enbridge sur le projet d’oléoduc Northern Gateway (aujourd’hui abandonné) et de la nécessité de respecter la déclaration des Nations Unies en matière de respect des droits autochtones. Cette même année, nous effectuions un engagement auprès de Google (qui a depuis créé une société mère, Alphabet) sur les questions essentielles de confidentialité numérique et de droits de la personne. Nous poursuivons aujourd’hui des dialogues avec les grandes sociétés technologiques sur ces risques (veuillez consulter (ce billet pour de plus amples détails sur ces questions). En 2012, nous figurions parmi les premières sociétés à s’engager auprès de la TSX pour adhésion à l’initiative pour des bourses de valeurs mobilières durables (ce qu’elle a fait quelques années plus tard).

En 2013, nous nous sommes engagés auprès de Bombardier sur la nécessité de divulgations conformes à la réglementation de la Security and Exchange Commission des États-Unis à propos des approvisionnements en minéraux provenant de zones de conflit. Plus tard cette année-là, préoccupés par l’augmentation de l’inégalité des revenus dans notre société, nous déposions des résolutions d’actionnaires auprès de cinq grandes banques canadiennes, afin que celles-ci envisagent de tenir compte de paramètres salariaux verticaux (c’est-à-dire du différentiel de rémunération propre à l’entreprise) dans la détermination du salaire de leurs dirigeants. NEI a retiré ses résolutions après que les banques acceptent de nommer une commission indépendante sur le sujet. À l’issue de notre intervention, les grandes banques canadiennes, à commencer par la Banque Royale, ont peu à peu intégré au cours des années suivantes des paramètres verticaux dans la structure de rémunération de leurs dirigeants.

En 2014, nous nous sommes engagés auprès de Dollarama en raison du manque de diversité hommes-femmes au conseil d’administration. Le détaillant a nommé deux administratrices en 2015, puis en 2018. Cette même année, nous avons également encouragé CGI Group à améliorer ses divulgations ESG, avant de faire évoluer cet engagement sur la question de l’indépendance du conseil d’administration, une problématique que la société a traitée depuis. En 2017, nous nous sommes engagés auprès de Hydro One pour l’amélioration de ses communications financières et leur cohérence avec le CDP (Carbon disclosure project), une initiative à laquelle nous avions contribué dès son lancement en 2007. Des résultats positifs ont été atteints. Après plusieurs années d’efforts, nous avons également obtenu en 2017 un engagement de la part de Suncor à réduire l’intensité en carbone de ses émissions, de 30 % d’ici 2030.

Pollution des plastiques, normes d’émission des GES, accès équitable aux médicaments

En 2018, nous avons collaboré à l’Alliance des investisseurs pour des solutions aux plastiques. Celle-ci vise à s’engager auprès des sociétés du secteur des biens de consommation, comme Unilever et PepsiCo, sur la question des emballages en plastique. Elle a obtenu des avancées substantielles pour la réduction de la consommation de plastique vierge. En 2019, dans le cadre d’une collaboration avec d’autres actionnaires, nous avons écrit à General Motors afin d’exprimer nos craintes quant aux efforts du constructeur automobile pour obtenir un assouplissement des normes en vigueur aux États-Unis en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de consommation moyenne de carburant pour les véhicules et les sociétés. L’année suivante, General Motors dévoilait une nouvelle plate-forme de véhicules électriques et s’est engagée à investir 20 milliards $ US dans la mobilité électrique.

Dans un autre registre, la pandémie nous a incités à redoubler d’efforts sur l’accès aux médicaments. En collaboration avec le Centre œcuménique sur la responsabilité sociale, ainsi que la Fondation pour un accès aux médicaments, nous œuvrons actuellement auprès de sociétés pharmaceutiques comme Pfizer, Johnson & Johnson, AstraZeneca, Merck et Eli Lilly sur de nombreux enjeux, notamment l’accès équitable aux remèdes et une plus large distribution des vaccins et des traitements contre la COVID-19.

Tous ces engagements ont été motivés par le désir de donner à nos investisseurs l’occasion de créer un impact positif dans le monde. Notre propension à nous engager auprès des sociétés que nous détenons en portefeuille trouve également sa motivation dans notre compréhension approfondie du lien direct qui existe entre responsabilité et résultats financiers. Nous sommes convaincus, comme de nombreux autres investisseurs responsables, que les sociétés qui assument aujourd’hui leurs responsabilités auprès de la population et de la planète ne pourront que prospérer à long terme. Nos engagements ne visent pas seulement à ce que nos investisseurs puissent faire le bien, mais aussi à ce que leur portefeuille se porte bien.

Dans le prochain billet de Chroniques des engagements de NEI auprès des sociétés, nous expliquerons en détail les raisons pour lesquelles nous estimons qu’un dialogue avec les sociétés en portefeuille vaut mieux qu’un désinvestissement.