Dans quelle mesure les grandes prévisions ESG établies par le secteur des placements se sont-elles réalisées au cours de cette année clairement imprévisible?

par David Rutherford

En ces derniers jours de 2020, nous portons un regard sur les principales prévisions échafaudées en début d’année pour les tendances d’investissement responsable, afin de savoir lesquelles se sont vérifiées malgré une période qui a bouleversé toutes les prédictions.

  1. L’investissement responsable tient essentiellement aux mesures d’atténuation du changement climatique

Depuis de nombreux trimestres, l’année 2020 devait représenter un tournant à partir duquel l’environnement, et particulièrement le changement climatique, prendrait le pas sur les autres aspects ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Le début d’année s’est avéré prometteur, les mesures de confinement provoquées par la COVID-19 bénéficiant largement à la planète du fait de l’arrêt d’une grande partie des activités humaines. Cependant, la question environnementale s’est ensuite effacée au profit d’enjeux sociaux, des « primes pour les héros » attribuées aux travailleurs de première ligne à la discrimination raciale dénoncée par le mouvement Black Lives Matter. Cependant, le Forum économique mondial a récemment précisé que les cinq principaux risques ESG tiennent maintenant tous du climat. Nous estimons donc que les aspects environnementaux reprendront le dessus en 2021.

Conclusion : La pandémie a contribué à une compréhension généralisée de la lettre S de l’acronyme ESG.

  1. Les facteurs S continueront de compter

Personne ne conteste que les enjeux sociaux aient dominé l’année 2020. Le message est passé : sociétés et investisseurs comprennent maintenant le concept de risques sociaux comme jamais auparavant. Diversité et inclusion (« D et I ») ont sans aucun doute suscité une attention de premier plan. Comme pour nombre de problématiques ESG ayant suscité d’abondants débats cette année, les actions tardent. Ce n’est que le début à notre avis.

Conclusion : Les entreprises viennent à peine de commencer à traiter les risques liés aux enjeux sociaux.

  1. Les banques centrales viendront à la rescousse pour traiter les risques climatiques

Après des déclarations conséquentes en 2019 sur les risques climatiques, les banques centrales se trouvent désormais face à une difficulté encore plus prégnante à l’approche de 2021 : comment redresser une économie ravagée par la COVID? Chaque difficulté révélant une opportunité, elles pourraient s’acquitter de leurs tâches en finançant une économie verte. Nous reviendrons donc à ces risques climatiques.

Conclusion : L’année 2021 doit s’imposer comme celle d’une action réelle sur le climat.

  1. L’atténuation du changement climatique représente une occasion de taille pour les entreprises

Le réchauffement climatique nous apporte sans aucun doute bien des difficultés, sans contrepartie – du moins à court terme. Toutefois, comme l’a déclaré l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, nous avons la possibilité de transformer le risque existentiel de changement climatique en « la plus grande opportunité commerciale de notre temps ». Même si les entreprises qui saisissent cette occasion ne retirent pas encore des bénéfices substantiels, les investisseurs plébiscitent de plus en plus leurs titres. La tendance n’est pas prête de s’arrêter.

Conclusion : Attendons-nous à des avancées novatrices dans le traitement du changement climatique.

  1. L’expression « exempt de combustible fossile » paraît promise à un bel avenir

L’année 2020 a clairement consacré l’expression « exempt de combustibles fossiles » pour ce qui touche aux réductions d’émissions et caractérise un nombre croissant de placements qui gagnent chaque jour en popularité. Nous estimons toutefois que l’enjeu ne peut se régler simplement par un abandon des combustibles fossiles. Pourquoi? Arrêter d’investir dans le secteur pétrolier et gazier ne changera malheureusement pas les habitudes de consommation des ménages ou des sociétés. C’est la raison pour laquelle nous conservons une exposition aux entreprises exploitant des combustibles fossiles, de sorte à pouvoir dialoguer avec elles sur la transition de leurs activités dans un but de réduction du risque climatique. Nous leur demandons en outre de se fixer des objectifs « zéro net » en matière d’émission.

Conclusion : L’expression « exempt de combustibles fossiles » sonne très bien, mais ne représente pas une stratégie.

  1. L’investissement ESG offrira clairement les meilleurs rendements

En 2020, les fonds ESG ont surclassé leurs homologues traditionnels. Nous sommes ravis de constater que les investisseurs reconnaissent la perspective d’un rendement financier supérieur en investissant dans les sociétés ayant pour priorité la gestion de leurs risques ESG. Ça n’est pas tout. De nombreux fonds ESG ont bénéficié de leur investissement dans de grandes sociétés technologiques ayant promis d’atteindre le « zéro net » et dont les activités génèrent peu d’émissions de carbone. Ces entreprises font toutefois clairement face à des risques sociaux et en matière de droits de la personne. Les investisseurs doivent-ils continuer à ignorer ces risques? Certainement pas à notre avis. C’est la raison pour laquelle nous insistons autant auprès d’Alphabet, de Facebook et de leurs homologues afin qu’elles se préoccupent davantage des droits numériques.

Conclusion : L’intérêt de gérer les risques ESG ne se dément pas, mais le rendement financier à long terme nécessite de les considérer dans leur ensemble.

  1. Les sociétés communiqueront leurs risques ESG de façon plus précise

Les divulgations actuelles ne reflètent pas du tout l’éveil des consciences sur la nécessité de communication des risques ESG dans les rapports des sociétés. Tant qu’aucune norme reconnue, comme celles préconisées par le Conseil des normes de comptabilité durable (SASB) ou le groupe de travail sur les divulgations financières liées au climat (TCFD), n’aura de caractère obligatoire, les divulgations demeureront insuffisantes.

Conclusion : Un jour, la publication des risques ESG paraîtra aussi naturelle que celle des bénéfices, mais pas en 2020.

  1. Le capitalisme des parties prenantes déchaînera les passions

Enfin, une prédiction qui s’est réalisée. Non seulement le concept s’est largement diffusé, mais il s’est même mis en œuvre dans les premiers jours de l’éclosion de la COVID-19. Ce capitalisme au service de toutes les parties prenantes, et pas seulement des actionnaires, s’est effectivement généralisé suffisamment – même temporairement – pour que nous en fassions un sujet essentiel de nos engagements auprès de certaines sociétés en 2020. Comme l’a déclaré le chef de la direction de JUST Capital, Martin Whittaker, le capitalisme des parties prenantes constitue le nouveau modèle dont nous avons besoin. Comme toujours, les grandes difficultés concernent la mise en œuvre.

Conclusion : Le capitalisme des parties prenantes est arrivé. Nous devons montrer aux sociétés comment l’appliquer.

  1. Envisager l’inenvisageable

La meilleure leçon de 2020 reste probablement que l’on ne peut choisir ses risques ESG. Ils s’imposent à nous. Certes, le climat représente un risque colossal, probablement le plus important, mais à l’issue d’une année de pandémie, nous réalisons que nous avons plus d’un chat à fouetter. Le secret de la survie consiste à planifier les risques ESG en temps et lieu afin que ceux-ci ne puissent faire leur œuvre.

Conclusion : L’année 2020 a précipité un réel changement dans la façon dont les sociétés gèrent leurs activités. Aucune période ne sera plus propice à généraliser le traitement des risques ESG.

Découvrez les possibilités d’investissement responsable dans un monde post-pandémique dans le rapport Perspectives boursières pour 2021.