19 juin 2020

L’Association pour l’investissement responsable (AIR) du Canada a organisé une conférence virtuelle en 2020, mais l’intérêt croissant pour l’investissement responsable demeure bien réel. Comme l’événement l’a démontré, répondre adéquatement à la demande des investisseurs pour l’IR reste difficile, bien que la généralisation de la démarche de placement accélère vivement.

Il y a à peine quelques années, en 2017, l’AIR avait organisé sa conférence annuelle à Vancouver et attiré près de 350 participants. Bien des visages nous paraissaient familiers, au sein d’un groupe fort sympathique.

NEI avait alors tenu un atelier suivi par environ 50 conseillers dont les activités comprenaient une pratique IR bien établie pour la plupart, approchant leur clientèle selon une démarche bien rodée : des placements orientés sur des valeurs pour des clients qui tiennent aux leurs.

Lors de la conférence de 2019, à Montréal, on percevait très bien la rapidité du changement. Cette fois-ci l’atelier organisé par NEI avait attiré plus de 500 conseillers, et la majorité d’entre eux participait pour la première fois à une conférence de l’AIR.

En 2020, la conférence de l’AIR s’est déroulée de façon virtuelle en raison du coronavirus, mais a compté plus de 900 participants. On peut largement imaginer la participation que la conférence aurait suscitée si celle-ci avait eu lieu comme prévu à Toronto. L’atelier de NEI sur l’intégration de l’IR dans les activités des conseillers a été suivi par plus de 400 participants.

Au-delà du constat évident que cette participation soutenue reflète un engouement général pour l’IR, la conférence de l’AIR a révélé les aspects essentiels suivants pour les praticiens en IR et les sociétés qui les soutiennent.

  1. Le monde de l’IR devient de plus en plus perfectionné et spécialisé. Les ressources réservées autrefois aux analyses des placements « grand public » s’appliquent maintenant de façon courante au segment IR. Nous devrions en attendre davantage. La demande pour des solutions responsables incite les intervenants dans ce secteur à rehausser leur définition de l’importance des facteurs ESG, de sorte que les sociétés et les autorités de réglementation devront suivre la tendance en matière de divulgation de données liées aux aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance. La conférence de l’AIR a consacré une journée entière au secret des aspects ESG dans l’analyse financière au cours d’un atelier spécialisé.
  2. Le lien avec l’investisseur demeure fugace. Malgré toutes les avancées de l’IR, réussir à interagir de façon approfondie avec les investisseurs finaux, notamment les particuliers qui représentent une source incroyable de demande pour les solutions responsables, demeure un enjeu. Lors de la conférence de 2018, NEI avait présenté une méthode basée sur les besoins à utiliser dans les conversations sur l’investissement responsable. Il s’agissait d’insister sur ce que l’IR fait et non sur ce qu’il est, en d’autres termes : les besoins de placement auxquels l’IR peut répondre. La méthode demeure pertinente, mais la conscience de l’investisseur en amont de cette demande évolue rapidement. Il s’agit non seulement d’une réaction, mais également d’une tendance qu’il faut rapprocher des changements sociaux profonds auxquels nous assistons aujourd’hui. L’importance croissante de la dimension sociale (le « S » dans ESG) devrait occasionner une réflexion sur la façon de rendre le rapport à l’IR plus significatif pour les investisseurs.
  3. Un déploiement d’énergie (toujours) exagéré pour les produits IR. Une bonne façon de renforcer le lien avec les investisseurs consisterait à reconnaître que de nombreux fournisseurs orientent toujours la conversation IR essentiellement autour du produit. La satisfaction de la demande nécessite évidemment une gamme de solutions de placement, mais limiter l’IR à un produit revient à ignorer l’évolution fondamentale des aspirations des investisseurs et de la société en général, laquelle alimente précisément cette demande. Les fournisseurs de solutions IR et les conseillers doivent toucher la corde sensible des investisseurs, non seulement car c’est indispensable à toute discussion sur le produit, mais également car il s’agit d’une étape prérequise pour le développement de solutions. Celles que nous avons créées peuvent ne plus correspondre à la demande de demain. Nous n’en saurons toutefois rien si nous effectuons la promotion des produits avant de fournir des conseils, de témoigner d’une vision inspirée et de susciter des conversations.

Cette compréhension de la réelle source de la demande pour les solutions responsables et la capacité à interagir avec celle-ci ainsi que la manière d’y répondre au mieux constituent les différents sujets que nous explorerons dans nos prochains billets.