8 Mai 2020

La meilleure manière de susciter un changement positif consiste à investir dans des sociétés et à utiliser les droits de propriété ainsi conférés pour s’engager à traiter les risques ESG qu’elles encourent par un dialogue avec leurs dirigeants. La popularité croissante du mouvement de désinvestissement du secteur des combustibles fossiles semble à première vue contredire cette philosophie. Pourtant, les deux approches se complètent.

NEI a constamment obtenu la note A+ par les Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations unies grâce à sa gestion active de la propriété – une reconnaissance de notre expérience et de notre expertise dans l’engagement auprès des sociétés. Tout a commencé il y a une vingtaine d’années. Une excellente société que nous détenions alors souffrait de certains problèmes ESG qui justifiaient un désinvestissement, mais compte tenu de ses autres qualités intrinsèques, nous avons d’abord demandé à l’équipe de direction dans quelle mesure elle accepterait de rectifier sa stratégie. Cette interaction a jeté les bases de notre programme d’engagement auprès des sociétés, avec pour philosophie sous-jacente que la meilleure façon de susciter le changement au sein d’une entreprise repose sur la propriété et sur l’engagement.

C’est précisément cette philosophie qui a guidé nos investissements dans les sociétés de combustibles fossiles. Grâce effectivement à notre propriété de leurs titres de participation, nous avons pu nous engager à les aider dans leur transition vers un avenir sobre en émissions de carbone de sorte à assurer leur viabilité opérationnelle, mettant en œuvre des dialogues ESG ciblés, l’exercice du vote par procuration et la soumission de propositions d’actionnaires.

Nous continuons à détenir des sociétés dans le secteur pétrolier et gazier, souvent le premier visé par des désinvestissements stratégiques. Le mouvement visant à se libérer des combustibles fossiles a connu récemment un développement considérable, surtout grâce à la présence de l’activiste climatique Greta Thunberg, qui a contribué à placer l’atténuation des effets du changement climatique tout en haut de la liste des priorités. Les épargnants ont d’ailleurs manifesté leur demande de désinvestissement général des sociétés de combustibles fossiles, comme de nombreux investisseurs institutionnels (notamment les caisses de retraite) avant eux.

Cette tendance paraît contraire à une approche favorisant investissement et engagement dans le secteur pétrolier et gazier. Pourtant, les deux points de vue ne doivent pas s’opposer à notre avis, puisqu’ils contribuent l’un et l’autre à atteindre les mêmes objectifs climatiques.

Voyons par exemple notre engagement auprès de Suncor au cours de la dernière décennie. Celui-ci a produit de nombreux résultats, pour la plupart inédits dans le secteur gazier et pétrolier, notamment :

  • La première résolution visant l’usage interne d’un prix du carbone, une pratique maintenant commune qui a changé l’industrie;
  • Le premier rapport de résistance à une économie sobre en carbone, une norme qui s’imposera et qui constitue là encore un changement majeur;
  • L’établissement d’objectifs concernant l’intensité des gaz à effet de serre (GES), soit une réduction de 30% d’ici 2030, ainsi que la consommation d’eau et les relations avec les peuples autochtones.

D’autres sociétés ont suivi le mouvement initié par Suncor. Juste après que la société ait soutenu une résolution concernant sa résilience à un avenir sobre en carbone, nous avons obtenu la même implication de Cenovus. Lors de notre dernière réunion, l’entreprise a fixé une date limite pour son engagement envers le «zéro net», soit 2050. Il s’agit d’une première pour une société énergétique canadienne.

Aucun de ces résultats n’aurait été atteint si nous avions choisi de désinvestir de Suncor et de Cenovus.

Tout engagement demande toutefois d’y consacrer du temps. Il faut effectivement établir une relation de confiance et comprendre les enjeux ESG qui justifient les changements. Le mouvement visant à se libérer des combustibles fossiles a accéléré le rythme de la transition énergétique. Les sociétés gazières et pétrolières font face à une plus grande urgence de changement que lorsque nous avons commencé notre dialogue avec Suncor, parce que l’accès aux capitaux dépendra de plus en plus de leur progression à l’égard de cette transition énergétique. Le sens de l’urgence ainsi créé par ce mouvement de désinvestissement nous semble tout à fait positif, mais doit s’accompagner d’un soigneux travail de planification sans lequel cette transition ne se déroulera pas de façon ordonnée. C’est précisément le but de notre engagement. Les deux approches peuvent, et doivent, se compléter.