17 juillet 2020

S’engager auprès de la direction des sociétés détenues en portefeuille pour provoquer un changement positif a fait ses preuves. Nous le savons, car nous avons pratiquement inventé cette stratégie. Nous reconnaissons également que, dans certains cas, un désinvestissement peut s’avérer plus efficace. Engagement et désinvestissement représentent des stratégies complémentaires qui soulignent l’efficacité de l’approche d’IR de NEI.

 Nous avons toujours estimé que le dialogue avec la direction des sociétés sur des enjeux ESG, en recourant aux droits conférés par la propriété, suscite davantage de changement qu’un désinvestissement. Cette approche fait d’ailleurs partie intégrante de la philosophie de notre politique d’investissement responsable. Le désinvestissement ne représente pas à notre avis une stratégie distincte des autres, mais au contraire une composante d’une approche plus exhaustive d’IR.

De récentes recherches de Scientific Beta1 confirment la pertinence de cette logique, énonçant clairement que propriété/engagement et désinvestissement se renforcent mutuellement dans les faits. Effectivement :

« Un actionnaire qui s’engage auprès d’une société sans préciser clairement qu’il se garde le droit de désinvestir si le dialogue ne produit aucun résultat amorce la négociation dans une position de faiblesse. La possibilité de désinvestir constitue en réalité un prérequis pour un engagement efficace. Réciproquement, les efforts d’engagement peuvent améliorer l’efficacité d’une campagne de désinvestissement en donnant une résonance au départ de l’investisseur. En conséquence, loin de s’opposer, engagement et désinvestissement se renforcent mutuellement. »

 Chez NEI, nous avons toujours gardé la possibilité de désinvestir lorsque nos dialogues ne progressaient pas suffisamment ou lorsqu’une société que nous détenions s’exposait à un risque de réputation significatif. La propriété et l’engagement ont toujours rythmé nos efforts. Pionniers de l’engagement auprès des sociétés, nous avons démontré l’efficacité de cette approche. Grâce à celle-ci, nous avons aidé les sociétés à traiter leurs enjeux ESG des 20 dernières années, offrant quasiment un témoignage positif au postulat du renforcement mutuel effectué par Scientific Beta. Cependant, l’organisme décrit un fonctionnement en tandem de l’engagement et du désinvestissement, alors que nous estimons qu’il s’agit davantage d’un processus circulaire. Nous prenons effectivement nos décisions d’investissement sur la base de comparaison de facteurs ESG entre sociétés de même catégorie, puis nous nous engageons auprès de leur direction lorsque la situation le justifie pour régler des enjeux ESG particuliers. Enfin, nous désinvestissons si une société se trouve face à des difficultés ESG plus significatives ou ne démontre pas d’intérêt à les régler sérieusement. Cette dernière étape n’exclut pas la possibilité de réamorcer le processus si la société évolue dans son profil ESG ou sa volonté de changement, d’où une démarche circulaire. L’engagement s’accompagne de plus de tactiques additionnelles, comme les propositions d’actionnaires, qui permettent de passer d’un mode de décision alternatif (s’engager ou désinvestir) à une action plus nuancée suggérée par ces recherches.

Les travaux de Scientific Beta essaient d’ailleurs clairement de démontrer que ces actions doivent fonctionner de façon cohérente et simultanée, et non en séquences. Les auteurs utilisent le terme « exclusion ESG » qu’ils décrivent de la manière suivante :

« Contrairement aux stratégies ESG “multiformes”, les exclusions strictes, c’est-à-dire

l’élimination de l’univers d’investissement des sociétés les moins performantes sur le plan ESG, concentrent le désinvestissement sur les entreprises les plus à la traîne dans ce domaine. La démarche envoie un message sans ambiguïté à toutes les sociétés qui comprennent donc très bien les actions qui se dérouleront ensuite. Simultanément à un engagement ESG, en particulier grâce à des campagnes menées avec d’autres investisseurs, nous estimons que les exclusions ESG préparent le terrain pour une politique d’investissement ESG efficace. »

C’est exactement ce que NEI a mis en œuvre avec son programme IR. Notre méthode d’évaluation ESG exclusive segmente les sociétés entre chefs de file et retardataires, puis utilise cette distinction pour identifier les cibles de son engagement et établir un objectif ESG inspirant à atteindre pour chacune d’entre elles. Dans le programme IR de NEI, évaluation et engagement ont explicitement vocation à fonctionner conjointement.

Plutôt que de brandir la menace du désinvestissement, nous préférons susciter la motivation par un partenariat, une collaboration et des objectifs partagés. La différence essentielle repose dans la durée. Nous sommes avant tout des investisseurs. Notre objectif vise à maximiser la valeur des sociétés détenues dans nos fonds pour nos investisseurs. Celui-ci exige d’amorcer nos efforts d’engagement avec optimisme. Nous nous attendons à ce que notre collaboration avec une société débouche sur une différence positive dans son fonctionnement, pour l’ensemble des parties prenantes, et à la génération d’un rendement comme placement. Un désinvestissement, ou même simplement la menace, ne permet nullement d’obtenir ces résultats, mais représente selon Scientific Beta un levier à exploiter dans le cadre d’un dialogue avec une société. Il ne saurait en être autrement à notre avis sans renoncer à une pléthore d’occasions de créer de la valeur tout en suscitant le changement. Pour nous, l’engagement demeurera une priorité.

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  1. ESG Engagement and Divestment: Mutually Exclusive or Mutually Reinforcing? Scientific Beta, mai 2020