De : David Rutherford

Ça n’est jamais assez. Le sentiment d’urgence à l’égard du changement climatique s’est encore accentué avec la pandémie. C’est une excellente nouvelle, mais nous devons en faire plus, beaucoup plus.

Le 22 avril marque la Journée de la Terre. Il  s’agit de la 51e édition de cet événement qui visait à diversifier, éduquer et activer le mouvement environnemental à l’échelle mondiale. Comment a évolué la relation avec notre planète en un demi-siècle? À première vue, et probablement pas seulement à première vue, la mission initiale ne semble pas encore accomplie.

Diversifier? L’idée de protéger et préserver la Terre demeure une proposition mutuellement exclusive. Greta Thunberg peut en témoigner. Dix-huit mois après son périple en Amérique du Nord (à l’issue d’une traversée à la voile) qui a rallié des millions de personnes pour dénoncer l’inaction contre le changement climatique, elle a décidé de ne pas participer à la conférence des Nations Unies de la COP 26 qui aura lieu à Glasgow en novembre. Ce rendez-vous vise à « accélérer le mouvement dans la poursuite des objectifs de l’Accord de Paris et de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ». La conférence a déjà été remise une fois en raison de la pandémie. C’est la raison probable de l’absence de Greta1 qui s’insurge contre la distribution inéquitable du vaccin à l’échelle mondiale et, en conséquence, d’une participation certainement restreinte aux représentants politiques du monde développé. Il ne s’agit probablement pas de la diversité de points de vue et de parties prenantes que les fondateurs de la Journée de la Terre avaient envisagée.

Éduquer?  Qui sur Terre ignore la situation dans laquelle nous nous trouvons? La difficulté tient plutôt au manque de volonté d’agir. Rien qu’au Canada, certains membres d’un parti politique de premier plan ne parviennent toujours pas à accepter la réalité du changement climatique. Cela en dit long sur la difficulté de progresser sur la question du climat, même dans des pays comme le Canada, souvent considéré comme progressif sur cet enjeu. La décision de la Cour suprême confirmant la légitimité du gouvernement fédéral sur la question de la taxe carbone montre à quel point l’enjeu demeure clivant au Canada.

Ce contexte compromet évidemment tout progrès sur le troisième pilier de la Journée de la Terre : activer. En bref, ce que nous faisons ne suffit pas à renverser la tendance négative du changement climatique sur la planète.

Y a-t-il au moins une bonne nouvelle dans tout ceci? Sinon, autant ne pas célébrer la Journée de la Terre 2021.

Il semble que oui.

Comment les sociétés responsables agissent-elles sur la question du changement climatique?

Malgré les effets perturbateurs de la pandémie, la Journée de la Terre nous offre de multiples occasions de marquer l’événement. En tant qu’investisseurs actifs, nous observons des progrès significatifs de la part des sociétés, dont l’attention se porte de plus en plus sur les implications à long terme du changement climatique. Consultez la liste Focus 2021 d’engagement auprès des sociétés de NEI :

« En 2020, la mobilisation des entreprises (et des investisseurs) à traiter le changement climatique s’est intensifiée, avec un sens de l’urgence sans précédent à mesure que les marchés reflétaient l’importance des risques systémiques qui se présentent à nous tous. Nous prévoyons que 2021 nous réserve encore plus d’actions concrètes et d’engagement dans l’ensemble de la filière énergétique, des consommateurs (ménages et entreprises) aux producteurs, en passant par les pouvoirs publics et les autorités de réglementation dans leur volonté d’assumer leurs responsabilités affichées à Paris. »

La dimension sociale (ou S dans l’acronyme ESG) pourrait bien avoir trouvé une nouvelle place dans la conscience collective, sans que cette évolution favorable occulte l’importance des enjeux environnementaux. La pandémie nous a effectivement donné l’occasion d’identifier beaucoup plus précisément de multiples risques ESG. Or, ceux-ci doivent être appréhendés globalement, comme l’a indiqué Greta, car ils sont tous interreliés. Ainsi, la pandémie a façonné une nouvelle définition de « planète viable », soit une société juste, autant qu’environnementalement durable.

Sur la question du climat en particulier, les entreprises se mobilisent. Elles ont d’ailleurs très probablement réalisé que leur accès aux capitaux, la maîtrise de leurs risques d’affaires et la pérennité de leurs activités dépendaient inexorablement de leur réponse climatique, comme nous le déclarions dans notre liste Focus :

« La nécessité de faire correspondre les stratégies d’entreprises aux objectifs prévus par l’Accord de Paris pour les gaz à effet de serre d’ici 2050 mobilise un nombre croissant d’entreprises à l’échelle mondiale, les émissions zéro nettes devenant le référentiel d’évaluation des investisseurs. Bien que l’objectif paraisse sans aucun doute ambitieux pour de nombreuses sociétés, une telle ambition n’en demeure pas moins indispensable pour éviter que le changement climatique génère les pires conséquences. »

Une ambition climatique ne garantit pas nécessairement une action, sa communication à tous (consommateurs, investisseurs et autorités de réglementation) inspire néanmoins les sociétés à suivre la même voie et à mettre en œuvre des actions concrètes pour atténuer le changement climatique.

 

C’est la Journée de la Terre toute l’année

Chez NEI, nous incitons les sociétés à poser des gestes concrets depuis des années et même des décennies. Dans de nombreux cas, nous avons très bien réussi à leur faire intégrer sérieusement la question du climat dans leur fonctionnement. Dans le secteur gazier et pétrolier par exemple, nos interventions ont fondamentalement aidé les sociétés à amorcer leur transition et ainsi demeurer viables dans une économie sobre en carbone, notamment en se fixant un ambitieux objectif zéro net.

Tous les jours en 2021 — pas seulement lors de la Journée de la Terre —, notre réussite consiste à ce que certaines des plus grandes sociétés canadiennes s’engagent vers un objectif zéro net d’ici 2050 et nous nous assurerons que des actions concrètes suivent leurs déclarations. Nous exigeons effectivement des engagements financiers significatifs en matière d’affectation des capitaux et tenons à ce que les régimes de rémunération des dirigeants dépendent également de l’action climatique des sociétés. En outre, nous renvoyons notre propre stratégie climatique, afin de garantir que nos placements correspondent également à un avenir zéro net en carbone.

Nous ne pouvons juger le futur rythme du changement uniquement en nous basant sur le passé. La crise de la COVID-19 nous a en particulier incités à revoir les grands enjeux sociaux et environnementaux auxquels nous faisons face et à agir en conséquence afin d’en atténuer les risques avec un sens de l’urgence bien plus élevé qu’auparavant.

C’est positif, mais est-ce suffisant? Répondons simplement : ça n’est jamais assez. Puisqu’il s’agit de notre planète, nous devons en faire plus à l’occasion de cette Journée de la Terre, bien plus.