31 juillet 2020

Lorsque l’on observe l’économie en temps de COVID, nul doute que les aspects ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) n’ont jamais eu autant d’importance aux yeux des investisseurs. Il s’agit d’une évolution favorable et prometteuse, du moins à première vue. Celle-ci s’accompagne toutefois d’un petit côté « dernière mode » qui pose de nouvelles difficultés pour les praticiens ESG de longue date.

La COVID-19 a changé de nombreuses facettes de notre existence et a notamment servi d’accélérateur à l’application de principes ESG, renforçant au passage l’anticipation de leur intégration dans les activités des sociétés (et dans l’évaluation de celles-ci en tant que placements) comme normes de référence. La tendance tient plus de l’hypothèse pour l’instant et demeure, pour une large part de l’opinion publique, une mode superficielle colportée par les médias.

 Soit. Un peu de scepticisme et de hauteur de vue ne peut pas nuire, particulièrement quand les termes ESG restent prononcés autoritairement par tant d’individus et d’organismes qui ne démontraient jusqu’à présent à peu près aucun intérêt pour le domaine ou pour son application. Les praticiens ESG de longue date doivent accueillir à bras ouverts ces nouvelles difficultés de perception, car leur traitement contribuera à séparer le bon grain de l’ivraie, clarifiant les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance à prendre en compte lors de décisions de placement.

Regardons de plus près certaines de ces nouvelles difficultés.

 

  1. L’analyse ESG consiste à pointer du doigt

Difficulté de perception : la catégorisation de sociétés considérées comme incapables de respecter des attentes ESG revient à discréditer publiquement leur direction.

Les faits :  l’impression de désigner des responsables revient probablement au chef de la direction de BlackRock, Larry Fink, qui avait écrit en 2018 une lettre aux dirigeants des sociétés dans lesquelles ses fonds avaient investi, afin que ceux-ci agissent avec conscience et respect de l’ensemble des parties prenantes. Nombre des dirigeants ainsi visés avaient alors déclaré leur adhésion à ce point de vue dans une communication de la Business Roundtable, sans pour autant joindre le geste à la parole. Personne ne voulait effectivement apparaître en contradiction flagrante avec ce nouveau modèle d’affaires.

Jamais, surtout pas de la part de praticiens ESG de longue date, nous n’avons collaboré à la « dénonciation » de sociétés pour leurs résultats environnementaux, sociaux ou de gouvernance. NEI et d’autres investisseurs ont identifié des manquements ESG qui représentent à leur avis des risques légitimes pour les activités des sociétés qu’ils détiennent et nécessitaient une imputabilité de la direction. En aucun cas, nous avons effectué des dénonciations publiques, préférant toujours collaborer avec les sociétés visées, notamment par des dialogues ciblés sur certains enjeux ESG à régler. Il s’agit d’une démarche bien différente.

  1. Les facteurs ESG concernent des enjeux parfois sans importance

Difficulté de perception : des sujets anodins, mais qui répondent à des considérations sociales plus vastes, se retrouvent au cœur des évaluations ESG de sociétés.

Les faits : les tendances sociales générales conditionnent l’importance donnée aux différents enjeux ESG, à juste titre. Prenons ainsi l’exemple de la diversité et de l’inclusion, un thème largement amplifié par les manifestations dénonçant le racisme systémique. Si l’on imagine que ce mouvement n’a pas d’effet réel sur les sociétés, on ignore complètement la dimension de plus en plus importante identifiée par la deuxième lettre de l’expression ESG.

La révolution sociale qui est indéniablement en train de se produire apporte son lot de risques nouveaux, ou subitement plus importants, lesquels affecteront profondément les sociétés. C’est précisément la fonction des praticiens ESG de bon calibre que d’entrevoir ces risques, souvent avant même que les sociétés en prennent conscience, et d’évaluer leur importance. Certains analystes pourraient estimer qu’un risque donné – comme la diversité au conseil d’administration, dans une équipe de direction, ou au sein de l’effectif d’une société – revêt une importance plus élevée que le reste, mais chacun voit le monde à sa manière. L’identification de nouveaux risques basés sur les événements qui se déroulent dans le monde ne s’apparente vraiment pas à l’exploitation superficielle d’une tendance.

  1. Les données et notations ESG paraissent suspectes

Difficulté de perception : les notes ESG n’ont aucune signification, car elles visent à évaluer de façon simple des aspects très polysémiques.

Les faits : bien que certaines données ESG aient pu apparaître ponctuellement incohérentes, la situation s’améliore quasiment quotidiennement et il est vrai qu’une demande de simplification des évaluations ESG des sociétés s’impose.

NEI estime que l’analyse ESG nécessite une certaine forme de nuance et ne peut pas s’exprimer de manière simpliste uniquement pour le besoin d’aller vite. À cette fin, nous évaluons les sociétés sur de multiples sources de données dans le cadre d’une méthode exclusive. De plus, en cas d’informations vagues ou non existantes, nous offrons aux sociétés une possibilité de communiquer des précisions avant d’arrêter les résultats de notre évaluation, une autre preuve que les données ESG peuvent refléter tous les aspects importants lorsqu’une méthode pertinente est suivie.

En conclusion, les critiques entourant l’efficacité ou l’utilité des analyses ESG se gardent bien de rappeler que les praticiens en la matière ont chacun leur façon de faire, leur philosophie, leur application et leur niveau d’engagement. Comme nous l’avons déjà évoqué au sujet de l’évaluation des fonds communs de placement orientés sur les aspects ESG, il est primordial de ne pas s’arrêter aux apparences.