du Jamie Bonham.

Le dernier rapport de l’IPCC souligne les enjeux essentiels qui se profilent.

Comme l’on pouvait s’y attendre à la fin d’un été marqué par des vagues de chaleur sans précédent, des feux de forêt dévastateurs et des inondations d’une ampleur extrême, le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a suscité énormément d’attention. Celui-ci met également en lumière d’autres événements notables, tels que le scénario zéro net de l’Agence internationale de l’énergie qui appelle l’arrêt de tout nouveau projet de combustibles fossiles ou l’ambitieux plan « Paré pour 55 » dévoilé par l’Union européenne. La couverture médiatique dont a bénéficié le rapport de l’IPCC a confirmé le changement qui pointe à l’horizon : la reconnaissance finale du changement climatique comme menace existentielle réelle.

Le rapport contient une multitude d’informations factuelles et couvre énormément de matière dans ses 3949 pages que nos analystes regardent actuellement sous toutes ses coutures. L’argument qui suscite probablement l’attention la plus immédiate tient non seulement à l’inexorabilité du changement climatique provoqué par les activités humaines, mais aussi au fait que les phénomènes actuellement subis par l’humanité dont la fréquence et la sévérité ne peuvent qu’augmenter proviennent directement de nos activités. Ce lien de cause à effet n’a jamais été aussi clairement dénoncé dans un rapport précédent et il fait mouche auprès de tous ceux et de toutes celles qui ont directement pâti des phénomènes climatiques cet été. Le rapport révèle en outre que l’impact du changement climatique ne pourra s’atténuer que vers la fin du millénaire, à condition que nous atteignions nos objectifs zéro net. Enfin, nous apprenons que notre « fenêtre de tir » pour satisfaire à l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à 1,5° par rapport à la température moyenne avant la révolution industrielle s’avère en réalité dix ans plus courte que nous pensions. Ce sixième rapport d’évaluation de l’IPCC ne laisse donc aucun doute sur la sévérité des impacts potentiels du changement climatique et de sa principale cause, à savoir l’activité humaine. Dans ce contexte, il est clair que les gestes constructifs que nous posons aujourd’hui auront un impact positif absolu.

Les réactions de surprise à ce rapport paraissent un peu déroutantes, puisque les scientifiques nous avaient prévenus dès 2007 de leur certitude à 90 % que l’activité humaine représentait la cause du changement climatique. Cela nous avait suffi en tant que professionnels de l’investissement responsable pour intégrer le changement climatique à nos engagements ESG. En 2013, ce degré de certitude atteignait 95 %. Cela aurait dû suffire, compte tenu des impacts en jeu, à déclencher une action de grande ampleur. On peut donc raisonnablement se demander si le ton légitimement alarmiste du sixième rapport d’évaluation fera bouger les choses. À notre avis oui, assurément.

Impacts politiques

La forme compte. Dans le passé, les scientifiques se sont exprimés en termes de confiance et de probabilité (« très grande confiance » ou « très probable »), ayant toujours – par rigueur professionnelle – une certaine réticence à déclarer qu’un phénomène s’explique de façon certaine à 100 %. Cette précaution de langage a autorisé l’exploitation du doute dans l’interprétation de leurs conclusions. Le fait que les plus éminents scientifiques du climat s’expriment maintenant « sans équivoque » pour décrire le lien entre les activités humaines et le changement climatique représente une avancée monumentale.

Les climatosceptiques refusant tout consensus scientifique resteront probablement sur leur position. En revanche, les pouvoirs publics qui s’appuient sur des conclusions scientifiques pour fixer le cap de leurs orientations climatiques disposent maintenant d’une déclaration claire et sans ambiguïté. Notons que l’IPCC est une institution scientifique et que son rapport a été rédigé avec l’accord formel de l’ensemble des pays signataires. Celui-ci ne laisse aucune place au doute. Plus nous attendons, plus les mesures à prendre dans le futur seront contraignantes et plus nous risquons de frapper le point de non-retour.

Nous nous attendons donc à des actions plus audacieuses de la part des pouvoirs publics. Les sociétés et les investisseurs devraient se protéger et se préparer à exploiter les opportunités qu’un changement rapide de contexte réglementaire de ce calibre offrira. Nous espérons que le sixième rapport d’évaluation dissipera les dernières zones de doute de sorte que les politiques climatiques puissent s’appuyer sur des principes incontestables (tels que la tarification du carbone ou la norme de carburant à faible teneur en carbone). Il s’avérera très difficile pour les pouvoirs publics de remettre en cause des politiques climatiques progressistes après la sortie d’un rapport de l’IPCC on ne peut plus clair.

Impact des programmes

Comme mentionné, le rapport contient une mine d’informations et deux autres tomes doivent bientôt sortir (l’un sur les impacts et l’adaptation, et l’autre sur l’atténuation des risques). Nous pouvons toutefois déjà exploiter plusieurs conclusions ayant un impact direct sur notre programme ESG. En conséquence, il est clair que nous devons mesurer nos actes en fonction de l’urgence des conclusions de l’IPCC.

Première conclusion : importance de l’orientation politique

Nous estimons que le sixième rapport d’évaluation renforcera la détermination des pouvoirs publics à déjouer les résistances internes à la mise en œuvre des changements tant nécessaires. Les investisseurs responsables doivent clairement démontrer à ce stade leur soutien envers une orientation politique forte et décisive. Chez NEI, nous multiplions déjà les initiatives dans la sphère politique, et les conclusions de ce rapport ne peuvent que nous encourager à poursuivre dans cette voie.

Deuxième conclusion : nécessité du zéro net

Tout n’est pas négatif dans ce rapport. Celui-ci mentionne à plusieurs reprises que nous ne sommes effectivement pas totalement dénués face au changement climatique. Les pires impacts peuvent effectivement être atténués en posant des gestes concrets. Le rapport insiste en particulier sur l’importance d’un calendrier zéro net. Toute action qui concourt à cet objectif revêtira une importance essentielle et représentera une tête de pont à partir de laquelle nous pourrons avancer. Pour NEI, il s’agit de rappeler l’importance de la transition zéro net dans nos portefeuilles. Déclarer un engagement en faveur du « zéro net » reste à la portée de tous, mais en tant qu’investisseurs nous devons nous assurer de sa réalité. Le rapport de l’IPCC contribuera à faire reconnaître le degré d’urgence. Le rapport souligne en particulier l’importance de la réduction des émissions à court terme de sorte que tout engagement zéro net doit s’accompagner de stratégies à court terme crédibles. Les investisseurs ne peuvent plus tolérer de déclarations sans ambition à court terme et doivent exprimer leur mécontentement, le cas échéant, dans les assemblées annuelles en votant à l’encontre des administrateurs les plus influents. Le rapport de l’IPCC survient à l’issue d’une période de vote par procuration au cours de laquelle un nombre inégalé jusqu’à présent d’investisseurs ont voté contre la direction sur des propositions liées au climat. Les sociétés qui ne se concentrent pas sur la question du zéro net risquent de s’en mordre les doigts aux prochaines assemblées.

Le méthane a été identifié très clairement comme un polluant majeur dont il faut s’occuper à court terme. C’est un gaz qui a effectivement un impact à court terme très fort sur le réchauffement climatique, 80 fois plus que le CO2 d’après certaines estimations au cours des 20 premières années de sa vie (le méthane pénètre l’atmosphère et devient moins nocif au fil du temps). Ces aspects expliquent l’importance que nous accordons à la réduction du méthane dans le secteur du pétrole et du gaz au moyen de plusieurs initiatives politiques, groupes de travail conjoints et dialogues directs auprès des sociétés. La réduction du méthane constitue une action concrète dont le coût s’avère relativement raisonnable dans le secteur d’activité.

Troisième conclusion : impossibilité d’ignorer les risques physiques

Le rapport procure davantage de certitudes sur les impacts anticipés du changement climatique à l’échelle régionale. Il aidera les sociétés et les investisseurs à évaluer leur exposition aux inexorables risques physiques liés au changement climatique. En outre, il confirme que nous avons franchi un seuil à partir duquel les impacts se produiront de façon inévitable, de sorte que les sociétés n’ont pas d’autres choix que de s’adapter. Ces dimensions ont été jusqu’à présent mal comprises et une attention insuffisante a été accordée dans les rapports climatiques publiés par les sociétés et les engagements des investisseurs auprès de celles-ci (incluant les nôtres). Les sociétés, comme les investisseurs, devront commencer par évaluer l’exposition à ces risques. Un de nos sous-conseillers, Impax, a démontré les résultats que ses efforts peuvent produire dans son rapport sur les risques climatiques (PDF).

Quatrième conclusion : des opportunités d’impact

Le ton particulièrement direct du rapport élimine toute incertitude sur la nécessité d’une transformation complète et rapide de l’ensemble des systèmes énergétiques et de l’infrastructure sous-jacente. De la rénovation des bâtiments aux véhicules électriques en passant par les énergies renouvelables, les investisseurs doivent faire en sorte de soutenir la croissance de ce nouvel écosystème énergétique. En outre, le rapport précise clairement que les sociétés et les investisseurs doivent réserver une réflexion critique sur l’adaptation (et les nombreuses occasions que ce thème générera). Dans ce contexte, notre gamme de fonds d’impact s’avère particulièrement pertinente et nous comptons bien continuer de l’enrichir.

Le sixième rapport d’évaluation de l’IPCC contient bien d’autres renseignements, mais nous pouvons d’ores et déjà considérer cette publication comme une justification de la priorité que nous avons placée sur la transition énergétique et comme le signal que nous devons faire bien mieux encore. La vingt-sixième session de la Conférence des Parties sur le changement climatique des Nations Unies (COP 26) approchant à grands pas, nous estimons que ce rapport contribuera à renforcer la détermination des pouvoirs publics, des sociétés et des investisseurs pour poser d’audacieux jalons nécessaires à la transition. Nous devons tous redoubler d’ardeur.